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vendredi 16 novembre 2018

"L'énigme de la mort", par Moustafa Mahmoud


"L’énigme de la mort"

L’ÉNIGME

Chacun de nous porte son cadavre sur les épaules
Rien de plus étrange que la mort…
Il est bien étrange, certes, que ce qui est devienne… néant !
Les habits de deuil, la tente de réception, la musique, les porteurs d’encens, les valets aux accoutrements théâtraux…
Et nous… comme si nous assistions à une représentation. Nous n’y croyons pas.
Personne ne donne l’impression d’y croire. Même ceux qui se sont associés au cortège funèbre ne pensent à rien, sinon à suivre.
Les enfants du défunt songent uniquement à l’héritage.
Les employés des pompes funèbres, à leur paye.
Les lecteurs du Coran, à leur rémunération.
Chacun ne paraît inquiet que de son temps, de sa santé, de son argent.
Chacun a un but vers lequel il s’empresse, par crainte de le manquer. Mais il ne s’agit jamais de la mort.
Malgré toute cette émouvante mise en scène, l’inquiétude manifestée face à la mort n’est, somme toute, qu’une inquiétude pour la vie.
Personne ne semble croire à la mort ni s’en soucier… même celui qui porte le cercueil sur ses épaules. Le bois lui meurtrit le dos, mais il a l’esprit ailleurs. Il pense au moment à venir : comment le vivra-t-il ?
La mort ne concerne personne. Alors que la vie, elle, concerne tout le monde.
Plaisanterie que tout cela ? Mais alors, qui meurt ? Le mort ? Même celui-là, dira-t-on, nul ne sait ce qu’il adviendra de lui.
Montre en main, l’enterrement ne dure que quelques minutes. Le temps d’un arrêt de la circulation pour que le cortège parcoure la rue. Une pause durant laquelle les voitures s’entassent des deux côtés de la chaussée. Chaque conducteur fait retentir son klaxon. Son impatience montre une fois de plus qu’il est pressé d’arriver à destination et qu’il ne comprend pas cette réalité qu’on appelle… la mort !

Qu’est-ce que la mort ? En quoi consiste-t-elle exactement ?
Et pourquoi passe-t-elle toujours inaperçue de nous, même lorsque nous lui faisons face ?
La mort, en vérité, est vie.
Elle n’arrive pas à l’improviste.
À chaque instant, pour vivants que nous soyons, elle survient au-dedans de nous. Chaque goutte de salive, chaque larme, chaque perle de sueur contient des cellules mortes. Nous les éliminons dans un adieu sans cérémonie.
Les globules rouges naissent, vivent et meurent par millions dans notre sang, à notre insu. Et de même des globules blancs. Les cellules de chair et de graisse, celles du foie et des intestins, toutes sont de courte durée. Elles naissent et meurent, remplacées par d’autres qui mourront elles aussi. Et ainsi de suite… Leurs cadavres sont ensevelis dans les glandes ou bien éliminés par excrétion, dans le calme et le silence, et nous ne ressentons rien de ce qui s’est passé.
À chaque respiration, l’oxygène pénètre, tel du gaz butane, dans le fourneau du foie. Il y brûle une certaine quantité de chair, produisant la chaleur nécessaire pour cuire une nouvelle quantité de chair que nous ajoutons à notre masse corporelle.
Cette chaleur est la vie.
Mais elle est aussi combustion. Elle est indissociable de la mort. La destruction est inhérente à sa nature.
Chacun de nous ressemble à un cercueil marchant sur deux jambes.
Comment prétendre alors que la mort vient nous surprendre ?
Chacun de nous porte en permanence son cadavre sur les épaules.

Les pensées naissent, éclosent et s’épanouissent dans notre tête. Puis elles s’étiolent et tombent… Les sentiments s’allument et s’enflamment dans notre cœur. Puis ils se refroidissent… Notre personnalité brise son cocon progressivement, dans une mutation continue d’une forme à l’autre. Spirituellement, moralement et physiquement, nous mourons à chaque instant.
Il serait pourtant plus exact de dire que nous "vivons", physiquement, moralement et spirituellement. Car il n’existe pas la moindre différence entre la mort et la vie. La vie est l’œuvre de la mort.
Les feuilles poussent aux branches de l’arbre. Elles se flétrissent, meurent et tombent. D’autres poussent à leur place. Puis d’autres encore… L’arbre est dans cette constante activité.
Le présent est aussi le cadavre du passé, indissociablement.
Me mouvoir, c’est être à la fois présent à un endroit et absent d’un autre. Ainsi seulement je progresse et me déplace, les choses progressant avec moi.
La vie n’est pas dans un état d’équilibre. Elle est tension-distension, lutte entre deux contraires. Elle est un essai sans cesse répété, sans cesse infructueux, de conciliation entre ces contraires, dans un ensemble de constructions fragiles qui ont besoin elles-mêmes d’être conciliées entre elles… Essai qui se répète une fois, une nouvelle fois, de nombreuses fois, indéfiniment, sans jamais réussir, sans jamais parvenir à un quelconque état de stabilité.
La vie n’est pas dans l’équilibre mort-vie. Elle est faite de l’affrontement et de la lutte entre ces deux éléments. Tantôt l’un prend le dessus, tantôt l’autre…
La vie est un état critique. Elle est tension.
Nous goûtons à la mort à chaque instant. Nous la vivons… Cela ne nous trouble pas, au contraire ! Par cette mort qui est en nous, nous sentons que nous existons. Nous nous conquérons nous-mêmes. Nous nous saisissons de notre être et nous en jouissons.
Cela ne nous suffit pas. Nous nous lançons dans un autre combat avec notre société. Nous pénétrons dans une mort et une vie d’un autre ordre, sur un plan plus large, là où s’affrontent des sociétés, des systèmes, de grands ensembles humains.
À travers ce combat de plus grande envergure, nous prenons progressivement conscience de ce que nous sommes : non seulement des êtres liés à une multitude de cellules qui naissent et meurent dans notre corps individuel, mais encore des êtres tributaires de groupes humains qui naissent et meurent dans le corps de l’entière société.

En nous, la mort survient à des niveaux supérieurs.
La mort est donc un événement persistant et tenace… un événement qui frappe l’homme en pleine vigueur et les sociétés dans leur prime jeunesse.
Elle fait partie de la trame de l’être humain. Elle est dans son corps, en la moindre pulsation de son cœur, aussi exubérant de santé soit-il.
La vie jaillit de la mort. C’est par elle qu’elle prend la forme que nous ressentons et vivons, car ce que nous ressentons et vivons est l’effet de deux forces conjuguées – l’être et le néant – qui agissent tour à tour sur l’être humain dans un va-et-vient de tension-distension.

Comment expliquer alors la stupéfaction qui nous frappe lorsque l’un d’entre nous vient à mourir ? Pourquoi cette nouvelle nous semble-t-elle étrange, absurde, incroyable ? Pourquoi restons-nous interdits devant l’événement, avec le sentiment d’être trompés par nos yeux, nos sens, notre raison ?
Ensuite, après avoir détourné notre regard et chassé de notre esprit tout ce dont nous avons été témoins, nous allons notre chemin. Nous n’avons accompli, pensons-nous, que notre devoir. Une politesse, une simple formalité. C’est chose faite et nous en sommes quittes.

Pourquoi ne prenons-nous pas au sérieux cet événement ?
Pourquoi trembler de frayeur lorsque nous y pensons ? Pourquoi cette consternation lorsque nous admettons ce qui s’est passé ? Pourquoi notre vie est-elle toute bouleversée lorsque nous tenons compte de l’événement et que nous le prenons en considération ?
En fait, il s’agit là de la seule fois où nous sommes témoins directs de la mort. La mort qui survient à l’intérieur de nous-mêmes, nous ne la voyons pas. Nous ne voyons pas les globules sanguins au moment de leur naissance et de leur mort, ni les cellules lorsqu’elles disparaissent, ni la lutte à mort entre les microbes et notre organisme.
Les cellules de notre corps sont invisibles au moment où elles périssent. Tout ce qui se passe en nous se déroule dans les ténèbres… Pendant ce temps, nous dormons sur nos deux oreilles ; notre cœur bat de manière rythmée ; notre respiration se poursuit, régulière et calme.
La mort s’infiltre à pas de voleur sous le manteau de la nuit. Elle passe sur nos têtes, blanchissant un à un tous nos cheveux, sans que nous nous en rendions compte. Elle rampe, empruntant le sillage de la vie.
L’arbre perd ses feuilles, l’une après l’autre. Mais il reste droit, toujours vert apparemment, toujours en pleine vigueur… jusqu’au moment où la bourrasque fait rage. Elle le déracine et l’abat en travers du chemin. Alors seulement apparaît son aspect lamentable et pitoyable, avec ses branches desséchées et nues, ses racines pourries, ses feuilles jaunies. C’en est fini ! Ce n’est plus un arbre, mais autre chose. L’arbre est devenu du bois.
Voilà ce qui se passe lorsque, sous nos yeux, un homme tombe raide mort. Ce n’est plus un homme, apparemment… Un accident étrange, à ce qu’il nous semble, survenu à l’improviste, sans crier gare… Soudainement, l’homme n’a plus le moindre souffle de vie.

Et la raison de commencer à questionner :
Disparaîtrai-je moi aussi subitement, totalement, comme cet homme ?
Et comment, alors que je ne ressens absolument rien en moi qui laisse présager une telle fin ?
Comment cela peut-il arriver, alors que le désir bouillonne en moi, que je suis débordant de volonté ? Que dis-je ! Alors que je suis la plénitude même…
Comment la plénitude peut-elle se muer en vide, en gouffre béant ?
Moi ?!...
Moi qui englobe le monde d’ici-bas ? Comment disparaîtrais-je ainsi ? Comment pourrais-je être englouti par ce misérable monde ?
Moi ?!...
Moi… un mot chargé d’électricité, comme la lumière par laquelle toute chose est visible, mais qui ne peut être vue. Un mot supérieur à tout autre, au-dessus de toute vérité. Un mot par lequel les vérités sont ce qu’elles sont.
Un mot qui dépasse toute chose, qui me dépasse moi-même, car c’est lui qui me voit et me perçoit.
Un mot diffusant sur toute chose sa radieuse lumière…
Là où m’apparaît le déchirant spectacle d’un homme qui meurt, le Moi est là, en spectateur, dominant la scène, de même qu’il domine la nature avec ses lois et ses phénomènes.
Et ce Moi mourrait ?!...
Moi ?... c’est-à-dire ?...
Qui meurt ?
C’est une partie de moi-même. C’est l’un de ces spectacles qui, par millions, me traversent l’esprit. Et je mourrais moi aussi ? Comment ?
L’interrogation ne tarde à se changer en un atroce désarroi où la logique, prise dans l’engrenage de son autodestruction, se heurte à d’irréductibles aberrations.


D’où l’éternel problème.
L’énigme de la mort.
Une énigme surgissant de l’attitude de la raison lorsque celle-ci, du contact direct avec la mort, tire immédiatement la conclusion de sa propre mort, elle qui élabore, systématise, explique et éclaire toute chose.
Elle revient pourtant à la charge :
Non !...
Ceux qui meurent, ce sont les autres ! L’histoire entière ne dit rien de "ma" mort.
Les objets sont susceptibles de changement et de substitution. Ils naissent, se détériorent et disparaissent.
Ce sont les autres hommes qui meurent. Mais moi ? Ce Moi dont aucun précédent n’annonce la mort ?
Le Moi-sujet est d’une autre matière que tous ces "objets". C’est pourquoi je puis m’en emparer, les saisir, les comprendre. Mais m’emparer de moi-même, me saisir et me comprendre, cela m’est impossible.
Le Moi est hors de portée pour qui que ce soit, y compris pour moi-même. Il échappe aux lois et aux circonstances de la vie.

Tel est bien le cercle vicieux.
Une porte reste ouverte néanmoins, laissant entrer la philosophie et permettant à la réflexion de s’immiscer. Mais cette porte est étroite, très étroite. Elle donne sur des souterrains, pour la plupart sans issue, que la pensée entreprend d’explorer.
Aventure inquiétante, terrifiante ! Captivante pourtant !
Quoi de plus captivant en effet que la vie et le destin ?
D’où venons-nous ?
Où allons-nous ?
Et comment ?


intégralité de la traduction de cet ouvrage : cliquer ICI

lundi 12 novembre 2018

"Du doute à la foi", de Moustafa Mahmoud


 Tel le pèlerin de la vérité qui, au terme de multiples tâtonnements, est finalement parvenu au havre de paix auquel il aspirait de tout son être, Moustafa Mahmoud feuillette ici, sous nos yeux, le livre de son passé. Page après page, chapitre après chapitre, nous apparaissent moments de doute et espaces de lumière, écueils et points de repère. Peu à peu, sous la lumière crue de la certitude enfin perçue, les embûches du chemin prennent tout leur relief, là même où les pas du chercheur s’étaient auparavant fourvoyés.
Tel l’aveugle qui recouvre la vue, l’auteur du présent ouvrage ne peut s’empêcher de témoigner. Comment se taire en effet quand on a connu l’amertume du doute et des ténèbres et que l’on sait à quel prix il en coûte de trouver l’issue ?
C’est précisément le caractère biographique de ces pages qui, à notre avis, les exempte d’un ton pédant ou doctrinal qui aurait pu rendre pénible leur lecture. Leur style même n’a rien de recherché. Les phrases se succèdent, entrecoupées de nombreux silences, parfois inachevées, ne servant que de support à une méditation qui se poursuit. Constamment, nous y sentons un auteur qui réagit avec toutes les fibres de sa personne et qui n’a de cesse de partager son expérience, son inlassable quête de la vérité.
La réalité spirituelle de l’homme, empreinte de la marque divine, est le message premier et fondamental adressé par le Créateur à l’espèce humaine. Tous les autres messages en sont de simples rappels. D’où cette affirmation on ne peut plus explicite : « L’homme doté d’une saine raison n’a pas besoin de lire le Livre saint pour découvrir qu’il a un esprit, qu’une vie l’attend après la mort et qu’il y aura une reddition des comptes. Car la nature innée et saine éclaire, pour celui qui la possède, le chemin vers la vérité. »
C’est pourquoi les moments de silence, d’introspection et de recueillement prennent chez Moustafa Mahmoud une telle importance. Il ira même jusqu’à affirmer : « L’homme naît seul et meurt seul ; il parvient seul au vrai. »
« Nature innée » : cette expression (il s’agit en fait d’un seul terme – fitra – dans le Coran) est fréquente sous la plume de l’auteur. Elle signifie la nature telle que Dieu l’a créée, non altérée et ne connaissant pas le mal. Tel qu’issu de la création divine, l’homme est comme greffé naturellement sur le bien et le vrai ; il est apte à une « spontanéité de connaissance », échappant à l’illusion et à l’erreur, à condition que son intelligence ne soit pas souillée par les circonlocutions de la logique et les distorsions de la raison, mais qu’elle fasse place à la "clair-voyance" (al-basîra, que nous traduisons avec emploi du tiret pour souligner le sens étymologique cher à l’auteur).
La démarche de Moustafa Mahmoud est à la fois celle d’un scientifique (qui relativise la portée philosophique de la science) et d’un mystique (qui ne se veut tributaire d’aucune "école"). Sans doute serait-il plus exact de parler ici d’un humanisme éclairé, dont la portée universaliste n’échappera pas au lecteur.

Marc Chartier

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Avertissement

رحلتي من الشك إلى الإيمان

J'ai traduit de l'arabe cet ouvrage de Moustafa Mahmoud dans les années 70, alors que je me trouvais au Caire. L'occasion m'était donc offerte de rencontrer très souvent l'auteur.
Cette traduction française de l'ouvrage a fait l'objet alors d'une première édition ( Dar al-Shorouk - Beyrouth) qui comportait malheureusement quelques "coquilles" qu'il m'a été impossible de rectifier.
À mon insu, une nouvelle édition a vu le jour (éditions Assalam, Paris, 2003). Elle reprenait souvent les mêmes erreurs et parfois en introduisait d'autres.
C'est pour apporter tous les rectificatifs nécessaires, et par respect en premier lieu de l'auteur, que je publie ici la seule traduction fiable.

Marc Chartier


Traduction de l'ouvrage : cliquer ICI

"Dialogue avec un ami athée", de Moustafa Mahmoud (l'ouvrage traduit en français)


On trouvera ci-dessous un lien vers la traduction intégrale - par mes soins - de l'ouvrage de Moustafa Mahmoud Dialogue avec un ami athée.

Marc Chartier


Dialogue avec un ami athée

 


"Dialogue avec un ami athée", de Moustafa Mahmoud


Le docteur Moustafa Mahmoud est l'une des figures les plus marquantes de la littérature égyptienne contemporaine. Nouvelliste, essayiste, dramaturge, cet écrivain a plus d'une corde à son arc. Ses ouvrages ont régulièrement été portés à l'écran.
De la relativité einsteinienne à la science-fiction, des données de l'histoire ancienne au destin prométhéen qui guette l'humanité, des vastes horizons de l'ethnologie ou de l'astronomie aux mille et une questions suscitées par l'étude de ce mystérieux "central" qu'est le cerveau humain, l'auteur surprend par l'ampleur de ses connaissances et de sa curiosité.
Son ouvrage Dialogue avec un ami athée se situe dans une veine d'inspiration que Moustafa Mahmoud a, depuis plusieurs décennies, explorée avec la conscience du chercheur de vérité que nous lui connaissons. Appelons-la, pour simplifier, la littérature religieuse.
Que l'on ne se méprenne pas toutefois. Moustafa Mahmoud n'est pas un shaykh. Il se défend bien de l'être d'ailleurs. Son tempérament de battant et d'apologiste ne le conduit pas à faire œuvre de commentaire du texte coranique, à la lumière des subtilités du Droit religieux et des subtilités de la langue arabe. Certes, l'auteur ne nous fait pas l'affront d'ignorer ces études académiques qui s'imposent à toute réflexion religieuse authentique. Mais son centre d'intérêt est ailleurs.
Moustafa Mahmoud est un musulman convaincu qui a sans cesse recours à la Parole coranique pour répondre aux silences et aux interrogations de l'homme contemporain. Cette certitude sereine dans la foi ne lui fait pas oublier pour autant le chemin parcouru. Ayant quêté de porte en porte le moindre soupçon de lumière sur le "Qu'est-ce que l'homme ?", perdu un moment dans le dédale des philosophies, il sait trop ce que signifie mendier la vérité pour oublier la pénible ascension "du doute à la foi" qu'il a été amené, lui le premier, à suivre. D'où l'accent autobiographique quasiment constant dans ses ouvrages.
Cent fois, Moustafa Mahmoud refera ce pèlerinage vers la lumière. À chaque fois, il glane un nouvel élément de réflexion qui s'impose à lui avec la brûlante évidence de la vérité.
Il continue de regarder, d'épier, d'écouter, d'interroger, de s'interroger lui-même. Il ausculte l'univers, de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Il se passionne pour les découvertes les plus récentes de la science, tout en relativisant leur portée. Il s'arrête parfois à tel carrefour de la pensée, là où les philosophies les plus contrastées s'entrechoquent. Mais toujours, il emboîte le pas de son compagnon de destin : l'homme éperdu pour qui la vie et la mort ne sont qu'une énigme tenace ; l'homme aveuglé par les stupéfiantes réussites de la science moderne ; l'homme qui, n'ayant plus la force de tâtonner, se réfugie dans son refus, son fanatisme ou des faux-fuyants.
Dans son Dialogue avec un ami athée comme dans nombre de ses autres ouvrages, Moustafa Mahmoud fait délibérément le pari de la simplicité dans le langage adopté. Ce faisant, il est conscient des risques encourus, d'autant plus qu'il a parfois été pris sous le feu de spécialistes en science religieuse qui trouveront toujours à redire à de tels "simplismes" !
Pour étayer sa démarche intellectuelle, il utilise les données de la science, l'apport des philosophies et des différentes religions, les études académiques consacrées au Message coranique. Mais il ne vise pas à faire œuvre scientifique, philosophique ou même "religieuse" selon l'acception classique de ce terme. Lui reprochera-t-on de chercher à actualiser le langage religieux ? Lui en saura-t-on gré au contraire ? Il est évident en tout cas que Moustafa Mahmoud dérange la douce quiétude de ceux pour qui la vérité est un bien que l'on accapare, et non le terme sans cesse fuyant d'une inlassable recherche.
Plus qu'une conversation fictive avec un ami imaginaire, le présent ouvrage nous apparaît davantage comme un dialogue de l'auteur avec lui-même, avec sa propre conscience. Quoique parvenu sur la Voie Droite, Moustafa Mahmoud éprouve le besoin, autant de fois que sa sensibilité vibre aux conquêtes ou aux défaites de notre siècle, de se justifier à lui-même la rassurante certitude qu'apporte la foi en un Au-delà, en un Dieu Créateur, Maître du destin de l'homme et de l'univers.
Sans présomption ni arrogance, mais aussi avec toute l'audace de celui a cheminé longtemps dans les ténèbres, c'est un témoignage qu'il nous propose. Face aux persistantes tentations de l'athéisme négateur de toute transcendance, il n'a plus le droit de se taire. Il veut prouver, par l'exemple de sa propre expérience, que foi musulmane et monde moderne ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.
Par-delà les frontières visibles et souvent trompeuses de l'appartenance religieuse, c'est aussi à moi qu'il s'adresse, si j'admets avec lui que la conscience religieuse, ou tout simplement humaine, ignore les limites du temps, de l'espace et même des religions.


Marc Chartier 

Traduction de l'ouvrage : cliquer ICI